Autopsie d’une tartine de Nutella

Selon les statistiques du site planetscope.com, la Fance représente 26% de consommation mondiale de Nutella, soit 84 000 tonnes par an. Le Nutella se retrouve sur la table de 3 familles françaises sur 4. La moitié des petits-déjeuners français comptent des tartines dont 60 % utilisent du Nutella soit 4,6 milliards de tartines de Nutella consommés en France chaque année au petit déjeuner. Il est donc intéressant de s’y intéresser en terme de santé publique.

« A consommer avec modération », « Manger du Nutella à petites doses n’est pas dangereux pour la santé », « C’est la dernière chose à donner aux enfants », « Attention, danger, favorise l’obésité ». Voici ce qu’on peut lire dans les articles sur l’impact de cette pâte à tartiner sur la santé. Qu’en est-il vraiment ?

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I love nutrition

Sucre.

Graisses.

Huile de palme.

Acide palmitique.

Contaminants.

Calories vides.

Pas assez de protéines.

Quelques noisettes.

Peu de cacao.

Un peu de lait en poudre.

Les calories.

Conclusion.

100 g de Nutella contiennent plus de 50g de sucre soit plus de la moitié de glucides et presque un tiers de lipides, dont 10 g d’acides gras saturés venant de l’huile de palme.

Sucre

Les aliments à index glycémique ou à charge glycémique élevés sont susceptibles de déséquilibrer la glycémie. À long terme, leur forte consommation augmente le risque de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et de cancer via l’insulinorésistance et l’augmentation des taux d’insuline dans le sang. Par ailleurs, les aliments à index glycémique faible rassasient généralement mieux, ce qui permet d’éviter d’avoir toujours faim ou de trop manger (1).

Bien que ce produit soit ultra sucré, l’Index glycémique du Nutella est bas parce qu’il est très gras, ce qui n’est pas vraiment une qualité nutritionnelle. En fait, le Nutella étant consommé en tartine, il faut considérer l’index glycémique de l’ensemble. Or l’index glycémique du pain blanc est très haut (95/100), l’index glycémique de la tartine est donc plus haut que l’index glycémique du Nutella seul (2).

Graisses

Huile de palme

L’huile de palme, brute, est riche en certains micronutriments (tocotriénols et caroténoïdes). Malheureusement,  des procédures de raffinage conduisent à une perte de ces composants et des dommages oxydatifs (3).

Par ailleurs, des études ont révélé qu’un régime riche en huile de palme génère une prise de poids et l’accumulation de lipides dans le foie en comparaison au régime riche en graisses insaturées comme l’huile d’olive. Consommer de l’huile de palme à petite dose et occasionnellement n’est probablement pas un problème en soi, bien qu’elle ait peu d’intérêt nutritionnel et qu’elle soit une source d’apport calorique importante. Mais on trouve de l’huile de palme dans de nombreux produits transformés, souvent consommés en trop grande quantité : produits de boulangerie, bonbons, gâteaux, substituts de fromage, frites, chocolat, confiseries, biscuits, huile de cuisine, beignets, plats surgelés (crêpes, tartes, pizzas, pommes de terre), crème glacée, frites industrielles, nouilles instantanées, flocons d’avoine, margarines, pop-corn, crèmes, beurre de cacahuètes, salade, vinaigrettes , soupes, compléments alimentaires (3). Ceci en fait une huile particulièrement consommée. Le problème est donc sa consommation cumulative à travers des produits industriels gras et sucrés.

Enfin, plusieurs études réalisées sur modèles animaux ont indiqué que, pendant la lactation, la consommation maternelle d’huile de palme et de graisses partiellement hydrogénées présentes dans les aliments transformés induit une rétention de graisse dans la progéniture et prédispose celle-ci au développement de l’obésité dans la vie adulte.

Acide palmitique

Selon la firme, on trouve 3,1g d’acide palmitique pour 30g de Nutella. A titre comparatif, on en trouve 3,3g dans 15g de beurre. Mais le beurre, contrairement aux huiles végétales, contient des nutriments d’intérêt tels que les vitamines liposolubles A et D ainsi que des minéraux.

L’acide palmitique, il en faut car en tant qu’acide gras il a des fonctions très importantes pour l’organisme : rendre certaines protéines fonctionnelles, réguler la fluidité des membranes cellulaires et donc la communication entre les cellules, réguler l’expression des gènes, l’inflammation et certains mécanismes de coagulation. Ils servent également de carburant  pour la cellule (4).

Mais l’acide palmitique (qui compose à 50 % l’huile de palme) est un puissant inhibiteur de la voie intracellulaire de l’insuline dans les organes, principalement le muscle : consommé en grande quantité, il crée  de l’insulinorésistance. Il s’agit d’un état métabolique augmentant le risque de diabète, maladies cardiovasculaires et cancer. De plus, l’acide palmitique est considéré comme pro-inflammatoire, notamment après le repas. Sa consommation excessive déclenche en effet des changements dans la composition du microbiote intestinal (dysbiose). Cette dysbiose génère un état de perméabilité accru de l’intestin avec passage dans le sang de produits bactériens tels les lipopolysaccharides (LPS). Les LPS déclenchent l’inflammation via sécrétion dans le sang de molécules pro-inflammatoires. Des doses élevées d’acide palmitique induisent également une résistance à la leptine,  état favosisant le développement de l’obésité. Enfin, cette classe d’acides gras participe très probablement au développement des plaques athéromateuses car elle provoque une augmentation des concentrations dans le sang du LDL-cholestérol.

Contaminants

Des teneurs élevées en 3-MCPD issues de l’huile de palme raffinée chauffée en delà de 200°C ont été trouvées dans les huiles et les graisses de palme (6). Le 3-MCPD, ses esters et les esters glycidyliques pourraient représenter un danger pour la santé publique. D’après l’EFSA, les esters glycidyliques seraient cancérigènes et génotoxiques, ce qui veut dire qu’ils sont susceptibles d’endommager l’ADN. Les effets liés au 3-MCPD et à ses esters se font, eux, ressentir surtout au niveau des reins.

Calories vides

Pas assez de protéines

La teneur en protéines du petit-déjeuner pain-Nutella est inférieure aux recommandations du PNNS (7). Or un petit déjeuner protéique est plus rassasiant qu’un petit déjeuner glucidique (8). De plus, un repas riche en glucides contribue également à augmenter le taux de sérotonine dans le cerveau ce qui se traduit par une baisse de vigilance. Tandis qu’un menu à base de protéines augmente le niveau de dopamine qui stimule l’état d’alerte et la vivacité (8).

Quelques noisettes

Le Nutella ne contient que 13% de noisettes. Ce fruit à coque est riche en lipides (Oméga 9), calcium, magnésium, phosphore et potassium. Mais une portion de 10 ou 15g de Nutella, ne peut pas faire profiter des bienfaits de la noisette.

Peu de cacao

Un pot de Nutella contient 7,4% de cacao maigre, un ingrédient riche en antioxydants et en magnésium. Là encore la proportion est bien trop faible pour que l’on puisse bénéficier des atouts nutritionnels du cacao.

Un peu de lait en poudre

Le Nutella n’est pas riche en calcium : seulement 6,6% de lait écrémé en poudre. Une nouvelle fois, la part apportée par une cuillère de 15g est très faible. Il s’agit de lait écrémé, donc dépourvu des vitamines liposolubles présentes dans le lait entier ou demi-écrémé.

Les calories

Plusieurs études ont démontré que l’équilibre entre la consommation d’énergie (calories) et la dépense énergétique est critique non seulement pour la durée de vie mais aussi pour la santé. Un exemple clair de cette observation fondamentale est la façon dont l’accumulation chronique d’énergie dans l’obésité augmente le risque de troubles inflammatoires chroniques à l’origine entre autres de maladies cardiaques, accidents vasculaires cérébraux et arthrose. A contrario, une réduction de la consommation calorique semble réduire le taux des marqueurs de vieillissement biologique et protéger contre les maladies liées à l’âge, y compris les troubles inflammatoires chroniques (9).

Riche en graisses et en sucres, la tartine de Nutella est calorique. En fait, la tartine beurre-confiture, le bol de céréales et beaucoup d’autres types de petits déjeuners le sont également. Le problème serait finalement plus une question d’adéquation des apports et des dépenses énergétiques et donc de respect des sensations de faim et de satiété.

Or selon Pierre Maine de Biran « L’estomac appète les aliments qui lui conviennent, les attire en quelque sorte, et pousse vers eux l’être sensible et moteur dont la volonté n’a pas encore eu le temps de naître. »

Partons du principe que la tartine de Nutella n’est pas plus appétente que les autres types de petits déjeuners et que de ce fait, le sujet respecte ses sensations de faim et de satiété de manière à ce qu’il ne dépasse pas le quart de ses apports caloriques journaliers recommandés au petit déjeuner. Qu’en est-t-il à 10h ? L’index glycémique élevé va générer une sensation de faim rapide et le sujet va de nouveau s’alimenter. Par ailleurs une étude a révélé qu’un régime riche en micronutriments (ce qui n’est pas le cas du petit déjeuner à base de tartines de Nutella) atténue les aspects désagréables de la sensation de faim, même s’il est plus faible en calories (10).

Conclusion

Mauvaises graisses, quantités trop abondantes de sucres, pas assez de protéines, composants potentiellement cancérigènes, calories vides, on ne peut pas dire que ce type de petit déjeuner ou gouter soit très intéressant. La double peine pourrait venir du fait que sa consommation se fait au détriment d’aliments santé. Peut-on dire d’un tel aliment qu’il n’est pas toxique et « qu’il n’y a rien à lui reprocher » comme le suggère un Professeur de nutrition dans une interview du Figaro ? Certainement pas. Si nous avons des études assez inquiétantes sur l’effet en santé de la consommation excessive de certains composants du Nutella, il n’existe pas à notre connaissance d’étude épidémiologique de corrélation entre pathologies et Nutella. Et si on commençait par les pathologies inflammatoires chroniques de l’enfance (asthme, eczema, rhinite allergique) ?

  1. Choisir ses aliments selon l’index glycémique et la charge glycémique [Internet]. https://www.passeportsante.net/. 2011 Disponible sur: https://www.passeportsante.net/fr/Nutrition/Regimes/Fiche.aspx?doc=index_charge_glycemiques_nu
  2. Tableau des index glycémiques [Internet]. Disponible sur: https://www.lanutrition.fr/bien-dans-son-assiette/le-potentiel-sante-des-aliments/index-et-charge-glycemiques/tableau-des-index-glycemiques
  3. Mancini A, Imperlini E, Nigro E, Montagnese C, Daniele A, Orrù S, et al. Biological and Nutritional Properties of Palm Oil and Palmitic Acid: Effects on Health. Molecules. 18 sept 2015;20(9):17339‑61.
  4. Legrand P. LES ACIDES GRAS : STRUCTURES, FONCTIONS, APPORTS NUTRITIONNELS CONSEILLÉS. 16 févr 2008;
  5. Walrand S, Fisch F, Bourre J-M. Tous les acides gras saturés ont-ils le même effet métabolique ? 24 mai 2010
  6. Lecerf J-M. L’huile de palme. 14 juill 2017;
  7. Faut-il supprimer le Nutella de son alimentation? [Internet]. Le Huffington Post. 2012 Disponible sur: http://www.huffingtonpost.fr/francois-buche/fautil-supprimer-le-nutel_b_2190479.html
  8. Des protéines au petit-déjeuner pour garder la forme toute la journée [Internet].. Disponible sur: https://www.lanutrition.fr/bien-dans-son-assiette/bien-manger/les-recommandations-de-lanutrition.fr/des-proteines-au-petit-dejeuner-pour-garder-la-forme-toute-la-journee
  9. González OA, Tobia C, Ebersole JL, Novak MJ. Caloric Restriction and Chronic Inflammatory Diseases. Oral Dis. janv 2012;18(1):16‑31.
  10. Fuhrman J, Sarter B, Glaser D, Acocella S. Changing perceptions of hunger on a high nutrient density diet. Nutr J. 7 nov 2010;9:51.

 

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