Hormonothérapie et modifications du mode de vie dans le traitement du cancer du sein

Découvrez comment, même si cela devrait être systématique, les recommandations ne sont pas forcément prises dans un objectif d’augmentation de la qualité et/ou de la quantité de vie et comment les premières recommandations à formuler devraient être des modifications du mode de vie.

Le tamoxifène

En traitement du cancer du sein, chez les patientes ayant une tumeur possédant des récepteurs aux oestrogènes, le tamoxifène (une molécule faisant diminuer le taux d’oestrogènes), a longtemps été prescrit (pour une durée de 5 ans) en première intention pour éviter la récidive de la maladie. De fait, des études ont pu mettre en évidence une diminution du risque absolu de récidive de la tumeur de 12 % à 15 ans. Cependant ces mêmes études révélaient une diminution de 9 % du risque absolu de mortalité (1). Cette différence entre le risque de récidive et la mortalité totale s’explique par une probable toxicité les décès non liés au cancer lui-même. Notons que si la diminution de mortalité existe en moyenne, il n’est pas pris en compte la qualité de vie sous traitement. En d’autres termes, si on augmente globalement (sur une population de patientes) la quantité de vie avec le médicament, qu’en est-il de la qualité de vie ?

Les inhibiteurs de l’aromatase

En 2005, sont parues les premières recommandations françaises sur l’hormonothérapie adjuvante dans les cancers du sein. Chez ces mêmes patientes, l’utilisation d’un inhibiteur de l’aromatase est alors recommandée d’emblée, recommandations s’appuyant sur les résultats de plusieurs essais randomisés concluant à une amélioration de la survie sans récidive sous inhibiteurs de l’aromatase en comparaison au tamoxifène. Mais, encore une fois, le bénéfice absolu apporté par un traitement doit surtout pouvoir se mesurer en termes d’amélioration de la durée et de la qualité de vie. Or, la diminution significative du taux de récidive ne s’est pas traduite par une diminution de la mortalité (2,3). Cela suggère un excès de mortalité en rapport avec des décès non liés au cancer lui-même et donc une toxicité supérieure des inhibiteurs de l’aromatase par rapport au tamoxifène. Sur le plan qualité de vie, une étude a montré que la survenue d’effets indésirables entraînait plus d’interruption du traitement dans le groupe inhibiteur de l’aromatase que dans le groupe tamoxifène (12,3 % versus 11,1 %) (3).

Les modifications du mode de vie

L’activité physique

En 2006, 45 sur 64 études ont montré une réduction moyenne de 30 à 40 % du risque de cancer du sein chez les sujets ayant l’activité physique la plus importante (4). L’activité physique après le diagnostic, diminuerait la rechute de cancer du sein de 24%, la mortalité liée au cancer du sein de 33%, la mortalité générale de 41% (ce qui est bien supérieur à l’ensemble des thérapeutiques anti-cancéreuses). L’activité physique pratiquée avant ou après le diagnostic serait un facteur protecteur avec une relation dose-effet (Davies et al., 2011; Loprinzi et al., 2012; Ballard-Barbash et al.,2012). Il s’agit donc actuellement de la modification de mode de vie la plus efficace.

Le modèle d’alimentation méditerranéen

L’étude PREDIMED, un essai randomisé, en simple aveugle, a révélé un taux 68% plus bas de cancer du sein avec un régime méditerranéen enrichi en huile d’olive extra-vierge avec une fiabilité toute relative étant donné l’effectif faible. Une revue systématique de 2015 a rapporté des résultats controversés dans les cohortes mais des preuves suggérant l’association protectrice dans les études cas-témoins.

Le sommeil

Si les problèmes de sommeil, à savoir le travail de nuit, des durées de sommeil trop courtes ou trop longues du sommeil ont pu être associés à un risque accru de cancer du sein, en particulier, les effets combinés du travail de nuit sans sieste diurne ou durée de sommeil plus longue (5), une autre étude de cohorte (6) ainsi que des méta-analyses d’études observationnelles  (6–8) n’ont pas pu associer la durée du sommeil et le risque global de cancer du sein.

Le stress

Les études sur l’effet du stress chronique ne sont pas assez solides pour établir un lien en dehors du lien indirect relatif à la prise de poids (9). Les études ayant pu mettre en évidence un effet bénéfique des interventions sur le stress en prévention secondaire manque de consistance concernant le bénéfice en quantité de vie mais de nombreuses études soulignent le bénéfice en terme de qualité de vie.

  1. Medioni J. Thérapeutique antiestrogène dans les cancers du sein. Httpwwwem-Premiumcomdatatraitesgy00-43130 [Internet]. 23 juin 2015
  2. Early Breast Cancer Trialists’ Collaborative Group (EBCTCG). Effects of chemotherapy and hormonal therapy for early breast cancer on recurrence and 15-year survival: an overview of the randomised trials. Lancet Lond Engl. 14 mai 2005;365(9472):1687‑717.
  3. Coates AS, Keshaviah A, Thürlimann B, Mouridsen H, Mauriac L, Forbes JF, et al. Five years of letrozole compared with tamoxifen as initial adjuvant therapy for postmenopausal women with endocrine-responsive early breast cancer: update of study BIG 1-98. J Clin Oncol Off J Am Soc Clin Oncol. 10 févr 2007;25(5):486‑92.
  4. Kruk J, Aboul-Enein HY. Physical activity in the prevention of cancer. Asian Pac J Cancer Prev APJCP. mars 2006;7(1):11‑21.
  5. Wang P, Ren F-M, Lin Y, Su F-X, Jia W-H, Su X-F, et al. Night-shift work, sleep duration, daytime napping, and breast cancer risk. Sleep Med. avr 2015;16(4):462‑8.
  6. Qian X, Brinton LA, Schairer C, Matthews CE. Sleep duration and breast cancer risk in the Breast Cancer Detection Demonstration Project follow-up cohort. Br J Cancer. 3 févr 2015;112(3):567‑71.
  7. Zhao H, Yin J-Y, Yang W-S, Qin Q, Li T-T, Shi Y, et al. Sleep duration and cancer risk: a systematic review and meta-analysis of prospective studies. Asian Pac J Cancer Prev APJCP. 2013;14(12):7509‑15.
  8. Qin Y, Zhou Y, Zhang X, Wei X, He J. Sleep duration and breast cancer risk: a meta-analysis of observational studies. Int J Cancer. 1 mars 2014;134(5):1166‑73.
  9. 19.       Cormanique TF, Almeida LEDF de, Rech CA, Rech D, Herrera AC da S do A, Panis C. Chronic psychological stress and its impact on the development of aggressive breast cancer. Einstein Sao Paulo Braz. sept 2015;13(3):352‑6.

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