Compte-rendu d’une consultation du mode de vie

Les modifications thérapeutiques du mode de vie sont valables dans toutes les indications.

Toutes les pathologies sont sensibles aux modifications thérapeutiques du mode de vie. Le surpoids, l’obésité ou la lombalgie chronique n’y échappent pas.

Une pathologie = plusieurs causes

L’organisme est extrêmement complexe et il est illusoire voire dangereux de penser qu’une pathologie résulte d’une cause unique. Une maladie se déclare à la faveur d’une multitude de modifications épigénétiques, cellulaires, hormonales, neuro-hormonales, métaboliques, immunitaires, microbiotiques. Ces modifications influent sur le comportement et le comportement influe sur ces éléments.

Les médicaments à action peu spécifique sont les plus efficaces et les plus toxiques.

Ceci explique la médiocrité des médicaments pour soigner les pathologies chroniques. En terme de médicaments, ceux qui ont des actions générales sont les plus efficaces (exemple : la cortisone en tant que puissant anti-inflammatoire et immuno-suppresseur). Or leur action générale fait d’eux les médicaments les plus toxiques en induisant de nombreux dommages collatéraux. Les utiliser c’est donc s’exposer à risque d’avalanches de perturbations de tout ordre. Il s’agit alors de faire un choix judicieux entre le bénéfice et le risque à attendre de leur utilisation.

Les modifications thérapeutiques du mode de vie sont une action spécifique, générale, et ne sont pas toxiques.

A l’opposé, ceci explique l’efficacité des modifications du mode de vie. C’est ainsi que l’activité physique adaptée, certains modèles d’alimentation santé, l’optimisation du sommeil, les techniques de gestion de stress et le développement personnel induisent des modifications épigénétiques, cellulaires, hormonales, métaboliques, ioniques et de microbiote toutes physiologiques et favorables.

Les modifications du mode de vie représentent un traitement universel.

De plus, en matière de mode de vie et en fonction des susceptibilités génétiques de chacun, les mêmes mauvais “ingrédients” font différents mauvais “plats”. Les prises en charges globales représentent en ce sens un traitement universel.

Les modifications du mode de vie agissent contre la maladie et en faveur de la santé selon la définition de l’OMS.

« La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. »

Remplacer ces mauvais ingrédients par de bons éléments c’est effectuer une prise en charge à haute valeur ajoutée car en plus de soigner, les modifactions thérapeutiques du mode de vie permettent à l’organisme de retrouver des fonctions optimales. Cela sous-entend une augmentation des performances physiques, cognitives et psychiques, une amélioration de l’humeur, des capacités relationnelles, de la qualité de vie et une augmentation de l’espérance de vie en bonne santé.

         

Voici à quoi ressemble un compte-rendu de consultation du mode de vie

ou :
comment faire perdre du poids, en soignant de manière efficace une lombalgie chronique (discopathie), et en optimisant l’état de santé :

               Docteur Miam Miam
Médecine du mode de vie – micronutrition

 

Jeudi 28 mars 2018

Cher confrère,

 

J’ai vu à l’occasion d’une consultation du mode de vie votre patiente Mme Lifestyletoimpove 53 ans. L’objectif de la consultation est une perte de poids durable et une amélioration des symptômes relatifs à une discopathie lombaire sévère avec hernie discale.

Elle estime son degré de motivation entre 5 et 8 pour atteindre cet objectif ce qui nous permet de déterminer des objectifs assez élevés. Elle estime qu’elle a des problèmes de poids, de sommeil, de limitation physique, de douleur, de comportement alimentaire, d’addiction, de manque d’activité physique et de concentration.

Avant toute chose, je tiens à préciser que c’est le versant métabolique de la perte de poids qui améliorera la symptomatologie lombaire avec la perte de masse grasse viscérale réputée pro-inflammatoire, les effets immunomodulateurs des modifications du mode de vie et l’effet de stabilisation intervertébrale du disque par augmentation de la masse musculaire. Il a été en effet mis en évidence une augmentation spécifique de médiateurs de l’inflammation (TNF alpha) dans les plateaux vertébraux en cas de discopathie active dont une instabilité intervertébrale pourrait être un évènement initiateur.

Par ailleurs, en ce qui concerne la perte de poids, les régimes restrictifs ne sont pas efficaces sur le long terme avec effet yoyo par phénomène d’échappement (de plus cet effet yoyo est défavorable pour la santé). L’intervention consistant en des modifications globales du mode de vie est la seule intervention efficace dans la durée. Enfin, elle devrait ressentir une amélioration sur tous les problèmes évoqués.

Elle est ménopausée depuis 2 ans. Elle a pour antécédents cette discopathie lombaire, une sigmoidectomie dans le cadre d’une diverticulose avec sigmoïdites à répétition, une cholécystectomie, des troubles fonctionnels intestinaux de type alternance diarrhée-constipation selon les critères de Rome IV. Les symptômes digestifs sont rythmés par l’absorption d’aliments gras, d’aliments riches en lactose ou d’aliments riches en fibres fermentescibles.

Elle a entrepris au printemps 2017 un régime Naturhouse avec perte de 7 kilos et un arrêt suite à des douleurs abdominales spasmodiques sur probable dysbiose. Ces douleurs ont persisté trois mois.

Sur le plan du mode de vie,

En ce qui concerne les toxiques :

Elle ne fume pas (tabac sevré depuis le 1er septembre 2017) et elle boit de l’alcool (vin ou champagne) deux fois par jour en moyenne.

En ce qui concerne l’alimentation :

En ce qui concerne les éléments favorables :

Elle fait un petit-déjeuner, un déjeuner et un diner. Elle fait elle-même les courses chez le primeur ou à la superette. Elle a l’habitude de lire les étiquettes nutritionnelles. Elle cuisine. Elle mange des plats préparés et des sandwichs de manière très occasionnelle. Elle cuisine à l’huile d’olive. Elle consomme des légumes deux à trois fois par jour. Elle consomme peu de sel. Elle mange à heure fixe. Le repas est toujours partagé. Elle accompagne son repas d’eau et de vin.

Sur le plan des éléments défavorables :

Elle ne tient pas de potager. Elle ne varie pas les menus. Le repas dure moins de 10 minutes. Elle relève un grignotage juste avant les repas du midi et du soir. Celui-ci survient à l’occasion de sensations de fringales et dans ce cas elle mange du fromage plus ou moins du pain.

Concernant la composition globale des repas,
  • Son petit-déjeuner type est constitué de deux tranches de pain bio grillées avec du beurre accompagnées d’une tasse de café noir sans sucre. Le weekend il s’agit de 4 cuillères à soupe de flocons d’avoine bio cuits avec du lait accompagnées d’un kiwi ou d’une orange, de sirop d’érable et d’un café sans sucre. Il lui arrive de reprendre du café à deux reprises au travail.
  • Le repas du midi est composé d’un peu de fromage. Il s’en suit un plat principal composé de viande ou poisson avec des féculents (le plus souvent du riz), des légumes cuits ou crus et un ou deux carrés de chocolat noir avec un café. Le repas du soir est relativement désorganisé du fait d’un grignotage fréquent au moment de préparer le repas. Il peut s’agir de la consommation de fromage ou de saucisson.
  • Le diner est composé de jambon blanc ou d’une viande ou d’un poisson avec des légumes crus ou cuits et des féculents. Le repas se termine par un yaourt de brebis nature ou aromatisé au citron ou par de la crème de marron.

Ses « péchés mignons » sont les plats salés, les sushis, le fromage, le vin et le chocolat.

En ce qui concerne l’activité physique :

Elle pratique le yoga et la marche (1h30 le mercredi, 2 fois 1h le week-end et 1 à 2 fois 10 à 20 minutes par jour avec le chien). Elle se déplace en voiture. Si le choix entre escaliers et ascenseur se présente, elle choisit l’ascenseur. Elle estime entre 75 et 100% son temps quotidien moyen d’immobilité en position allongée.

En ce qui concerne le sommeil :

Elle n’a pas de trouble d’endormissement mais elle son sommeil est fractionné avec des réveils parfois précoces. Elle estime sa durée moyenne de sommeil entre 6 et 7h.

En ce qui concerne son développement personnel :

Ses relations sociales sont qualitativement protectrices, quantitativement préservantes. Elle souffre rarement de solitude. Elle n’a pas de problème relationnel. Elle a des activités de loisir mais de moins en moins. Elle se sent tout à fait en sécurité. Elle évalue son niveau d’anxiété moyen actuel à 5/10 sur une échelle numérique simple. Elle se sent souvent anxieuse. Elle ne prend pas d’anxiolytique. Elle a des activités anti-stress. Elle apprécie suffisamment son apparence physique. Elle a une opinion moyenne d’elle-même. Elle côte son moral à 4/10 sur une échelle numérique simple en rapport à la souffrance que lui procure cet état anxieux. Elle déprime souvent. Elle ne prend pas d’antidépresseur. Elle ne pense jamais au suicide. Elle n’a jamais subi de violence physique ou psychique. Elle a un suivi psychologique depuis un burn-out il y a quelques années.

Ce jour, son poids est de 75 kg et sa taille 1,63 m ce qui fait un IMC à 28,6 (surpoids). Elle aimerait atteindre un point situé entre 63 et 65 kilos ce qui me semble atteignable (l’IMC serait à 25). Son périmètre abdominal mesure 87 cm et on pourrait se fixer l’objectif de l’amener vers 80 cm.

Mes préconisations :

En ce qui concerne les toxiques :

L’alcool en fait globalement partie mais le vin rouge représente une bonne source de polyphénols antioxydants et sa prise modérée pourrait être globalement favorable donc tant qu’à consommer de l’alcool, privilégier le vin rouge de qualité riche en tannins et pauvre en pesticides et sulfites (donc bio si possible) à la dose d’un verre par jour avec un sevrage de 2 jours par semaine si possible. Penser à bien s’hydrater : je conseille globalement de consommer minimum 1,5L d’eau par jour et plus en cas d’activité physique, idéalement 500 ml d’eau minérale riche en magnésium et le reste en eau de source ou eau du robinet.

En ce qui concerne l’alimentation :

Je lui conseille de commencer par un petit déjeuner relativement protéiné : il peut s’agir de protéines animales par exemple de jambon pâle (sans sels nitrités) ou d’un œuf omega 3 (filière bleu blanc cœur) ou bien de protéines végétales par exemple des céréales complètes bio. Il s’agirait donc de faire en semaine ce qui est déjà fait le weekend. Je lui conseille de réduire la dose de café en remplacant certains d’entre eux par du thé vert. A la place du beurre, elle pourrait essayer du beurre omega 3 bio sans huile de palme (qui est en fait de la margarine à base d’huile de colza). Afin de ne pas arriver à midi avec une faim de loup et un bing-eating hypercalorique, elle pourrait faire une collation en milieu de matinée (quelques noix/amandes et/ou un fruit). À midi je lui conseille de continuer à faire comme actuellement en respectant ses sensations de faim et de satiété, en faisant attention de ne pas associer plusieurs aliments à index glycémiques hauts, cf ce dossier de passeport santé. Pour ne pas avoir trop faim en rentrant le soir je lui conseille de faire une collation avant de partir du travail il s’agirait là encore de fruits à coque (noix ou amande) et/ou d’un fruit. Cela lui laisserait le temps de préparer tranquillement le repas du soir. Qu’elle n’hésite pas à faire une salade méditerranéenne lors des saisons chaudes ou des soupes variées lors des saisons froides. Quoiqu’il en soit, il faut qu’elle essaie de consommer des glucides et peu de protéines le soir pour augmenter la synthèse de sérotonine et préparer le sommeil. Elle devrait trouver ces glucides parmi les fruits et légumes, les céréales complètes et les légumineuses. Il faut considérer là encore l’index glycémique du repas et non des aliments pris un par un. Celui-ci ne doit pas être trop haut. Comment faire ? Si elle consomme un aliment à index glycémique haut, il faut l’associer à des aliments à index glycémiques bas ou bien l’associer à de bonnes graisses (fruits à coques, huile d’olive, yaourt brebis..), ou à des aliments acides (vinaigre, citron..), ou à des aliments riches en fibres (exemple : les légumineuses qu’elle tolère). Comme elle aime terminer par un laitage, qu’elle n’hésite pas à prendre un yaourt de brebis en dessert comme elle le fait actuellement.De manière générale, remplacer autant que possible le sel par des épices et/ou des herbes aromatiques.

Je lui conseille de lire la liste des aliments riches en FODMAPs, de continuer à en manger mais en petite portion et sans nécessairement les associer. Attention quand même à ne pas manger trop gras étant donné l’absence de régulation du flux biliaire sans vésicule. Elle devrait éviter de boire de trop grande quantité de lait ou de manger de trop grosses quantité de fromage car elle est probablement intolérante au lactose : les yaourts ne posent pas de soucis car la fermentation baisse la teneur en lactose.

A ce stade, vous vous apercevez que cela demande un certain degré d’ingénierie alimentaire :

Comme il lui manque du temps en semaine, elle devrait préparer des idées de menus simples le WE : globalement elle devrait s’inspirer d’internet en tapant dans un moteur de recherche « menus à IG bas » ou « menus méditerranéens » ou « menus crétois » et de prendre une minute pour vérifier l’absence de FODMAPs en trop grandes quantités. Je lui propose enfin de prendre en photo ses plateaux-repas de manière à ce que nous les regardions ensemble la prochaine fois.

Concernant la durée des repas,

Je lui propose d’essayer de le faire durer minimum 30 minutes en pensant à bien mastiquer, ne pas hésiter à poser les couverts entre chaque bouchée. Faire un plateau-repas pour permettre de se poser la question de savoir si la sensation de faim est encore présente à la fin. Si ce n’est pas le cas, ne pas se resservir. Outre la mastication pour faciliter la digestion, elle devrait faire une petite sieste méditative de 5 minutes après les repas.

En cas de fringale à partir de 17h, elle peut essayer de prendre un complément alimentaire riche en tryptophane exemple : Ceroline. Si les fringales surviennent de manière trop fréquentes malgré les démarches entreprises, elle pourra le prendre de manière préventive vers 17h.

Concernant l’activité physique,

il y a plusieurs choses :

  • La première est de lutter contre la sédentarité et pour cela elle devrait s’armer d’un podomètre, quantifier son nombre de pas quotidien et se fixer un objectif (exemple 3000 pas par jour au début si ce n’est pas déjà le cas, objectif final 10 000 pas/j). Il est important de ne pas rester statique (surtout allongée ou assise) trop longtemps : il ne faut pas que cela représente plus de 7h de son temps quotidien éveillé ni plus d’une heure et demi d’affilé donc se lever et marcher 1 à 3 minutes toutes les heures par exemple.
  • Pour « augmenter le régime moteur », elle a prévu de s’inscrire à la natation et cela est une très bonne idée : il faudrait essayer d’augmenter très progressivement la quantité d’exercices physiques jusqu’à 150 minutes de nage par semaine en fractionnant les séances bien sûr.
  • Si elle a des courbatures, cela veut dire qu’elle a fait du renforcement musculaire pendant ses sessions natation et donc elle peut alors se contenter de cette activité. Si elle ne ressent pas de courbatures, je lui conseille alors de pratiquer jusqu’à 20 minutes d’exercice physique à type de renforcement musculaire 3 fois par semaine ou une demi-heure deux fois par semaine. Pour ne pas se faire mal et étant donné sa pathologie discale lombaire, je lui conseille vivement de demander à son kiné ou à un éducateur en activité physique adaptée de lui montrer des exercices sécuritaires avec verrouillage de la sangle abdominale.

En ce qui concerne l’anxiété,

Celle-ci peut tout à fait participer à la prise de poids via les modifications de climat hormonal, neurohormonal, immunitaire, microbiotique et comportemental : l’activité physique agira sur toutes ces composantes mais il serait bon d’arriver à réguler les réactions disproportionnées au stress quotidien en prenant une plante adaptogène. Elle pourrait tester la rhodiole minimum 340 mg d’extrait par jour pendant 10 semaines (exemple Rhodiole Phytostandard): 1 gelule matin et midi. Elle devrait par ailleurs continuer la méditation active dont fait partie le yoga. Enfin, la Thérapie Comportementale et Cognitive a fait ses preuves dans cette indication et pourrait représenter une option intéressante.

En ce qui concerne le sommeil,

Bien penser à éteindre tout écran une à deux heures avant le coucher, une activité de lecture est tout à fait appropriée.

Dernière chose :

Il ne faut pas chercher à modifier brutalement le mode de vie : tout ceci devrait être fait par pallier car tout ce que j’ai proposé va modifier le microbiote intestinal. Or cette transition favorable, pour ne pas souffrir de troubles digestifs, doit se faire en douceur. Des modifications épigénétiques vont mettre en veille de gènes défavorables et allumer des gènes favorables anti-oxydants et anti-inflammatoires mais pareil, les modifications du mode de vie notamment sur le plan de l’activité physique doivent se faire de manière graduelles sans quoi elle va au contraire s’oxyder.

Le frein éventuel à la réussite de la prise en charge est la cadence du mode de vie actuel avec un travail laissant peu de place aux activités extra-professionnelles. Il lui faut probablement lâcher un peu l’accélérateur.

Je la revois à J15 pour faire le point sur ce qui a pu être compris, modifié et réaliser un entretien motivationnel. A 2 mois du début de la prise en charge, si elle adhère à tout cela et que nous ne sommes pas dans une bonne dynamique sur le plan du périmètre abdominal, du poids ou d’une des autres plaintes, je lui ferai faire des questionnaires fonctionnels ou des analyses de sang spécialisées utilisées en micronutrition. Je pense toutefois que le besoin ne se fera pas ressentir.

Bien confraternellement.

Dr Miam Miam

 

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