La médecine du mode de vie efficace sur les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) ?

Les MICI induites par le régime occidentalisé

Les Maladies Inflammatoires Chroniques de l’Intestin (MICI) sont considérées par certains comme une maladie liée au mode de vie. Celles-ci seraient principalement induites par les régimes occidentalisés, qui tendent à entraîner une réduction de la diversité microbienne intestinale [1,2].

15 ans d’expérience de médecine du mode de vie

Au Japon, depuis 2003, une équipe de gastro-entérologues dirigée par le Dr Mitsuro Chiba prescrit à ses patients des modifications du mode de vie. Depuis 15 ans, 159 patients atteints de rectocolite hémorragique et 70 patients atteints de maladie de Crohn ont bénéficié de ce type de soins [3].

Sur le plan de l’alimentation, c’est un régime principalement végétal (régime lacto-ovo-végétarien) qui est conseillé [1]. La viande et le poisson sont permis respectivement une fois toutes les deux semaines et une fois par semaine. Les bonbons sont proscrits. Les fruits, les légumes, les légumineuses, les pommes de terre et le yogourt sont recommandés tous les jours.

L’équipe fournit également des informations sur les habitudes de vie saines : interdiction de fumer, activité physique régulière, consommation modérée ou absence de consommation d’alcool, régularité des repas et interdiction de manger entre les repas [4].

Son efficacité dans la maladie de Crohn

Dans la maladie de Crohn, le régime lacto-ovo-végétarien associé à l’infliximab, un des médicaments de référence, à induit une rémission dans 44 cas consécutifs sans rechute [5]. Ce taux de rémission est excellent. Il est en effet admis dans la littérature scientifique que 40 % des patients ayant obtenu une réponse initiale à l’Infliximab rechutent au cours de la première année de traitement [6]. Dans une étude de 2003 à 2005, cette équipe a observé une efficacité du régime lacto-ovo-végétarien dans la maladie de Crohn pour le maintien de la rémission dans respectivement 100% et 90% des cas à 1 et 2 ans [1]. Ce taux de rémission est même obtenu sans traitement d’entretien à l’infliximab.

Courbe de maintien de la rémission avec un régime lacto-ovo-végétarien versus omnivore

Son efficacité dans la rectocolite hémorragique

Dans la forme légère de rectocolite hémorragique (RCH), l’autre forme de MICI la plus fréquente, l’équipe recommande une courte période d’éducation en hospitalisation. Celle-ci doit en effet permettre aux patients de remplacer leur régime alimentaire omnivore par un régime lacto-ovo-végétarien. Dans l’étude qu’ils ont menée, les taux cumulés de rechutes à 1 et 5 ans de suivi après cette courte hospitalisation étaient respectivement de 2% et 19% [7]. Bien que les patients de l’étude étaient atteints de forme légère, ces taux de récidive sont bien meilleurs que ceux rapportés dans la littérature. En effet, en temps normal 28% à 50 % des patient récidivent à 1 an et 57% à 78% à 5 ans. Etant donné l’efficacité de cette prise-en-charge, l’équipe explique qu’elle traite en première intention les cas légers de RCH avec ce type de régime et sans médicaments [8,9].

En conclusion

Le Dr Chiba regrette que le régime lacto-ovo-végétarien et les recommandations d’un nutritionniste ne soient pas couverts au Japon par l’assurance maladie. Notons que ce n’est également pas le cas dans notre pays. Il faut ensuite relever que l’adhérence aux autres habitudes du mode de vie n’a pas été décrite dans cette étude. Toutefois, c’est bien une intervention multi-domaine qui a été réalisée. Nous pensons que ces résultats devraient être confirmés par d’autres études. Ils sont cependant suffisants pour proposer à toute personne présentant une MICI une prise-en-charge multi-domaine portant sur les habitudes de vie.

  1. Chiba M, Abe T, Tsuda H, et al. Lifestyle-related disease in Crohn’s disease: Relapse prevention by a semi-vegetarian diet. World J Gastroenterol. 2010 May 28;16(20):2484–95. doi: 10.3748/wjg.v16.i20.2484.
  2. Chiba M, Tsuda H, Abe T, Sugawara T, Morikawa Y. Missing environmental factor in inflammatory bowel disease: Diet-associated gut microflora. Inflamm Bowel Dis. 2011 Aug;17(8):E82–3. doi: 10.1002/ibd.21745.
  3. Chiba M, Nakane K, Takayama Y, et al. Development and application of a plant-based diet scoring system for Japanese patients with inflammatory bowel disease. Perm J. 2016 Fall;20(4):62–8. doi: 10.7812/TPP/16-019.
  4. Breslow L, Enstrom JE. Persistence of health habits and their relationship to mortality. Prev Med. 1980 Jul;9(4):469–83. doi: 10.1016/0091-7435(80)90042-0.
  5. Chiba M, Tsuji T, Nakane K, et al. Induction with infliximab and plant-based diet as first-line (IPF) therapy for Crohn disease: A single-group trial. Perm J. 2017;21:17–009. doi: 10.7812/TPP/17-009.
  6. Allez M, Karmiris K, Louis E, et al. Report of the ECCO pathogenesis workshop on anti-TNF therapy failures in inflammatory bowel diseases: Definitions, frequency and pharmacological aspects. Journal of Crohn’s and Colitis 2010;4:355-66.
  7. Breslow L, Enstrom JE. Persistence of health habits and their relationship to mortality. Prev Med. 1980 Jul;9(4):469–83. doi: 10.1016/0091-7435(80)90042-0.
  8. Chiba M, Nakane K, Tsuji T, et al. Relapse prevention in ulcerative colitis by plant-based diet through educational hospitalization: A single-group trial. Perm J. 2018;22:17–167. doi: 10.7812/TPP/17-167.
  9. Chiba M, Tsuda S, Komatsu M, Tozawa H, Takayama Y. Onset of ulcerative colitis during low-carbohydrate weight-loss diet and its treatment with plant-based diet: A case report. Perm J. 2016 Winter;20(1):80–4. doi: 10.7812/TPP/15-038.

 

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